Friday, June 20, 2008

La véritable mauvaise nouvelle pour les Républicains

Pendant que John McCain se promène au Canada, l’équipe de Barack Obama ne perd pas une minute, ici aux États-Unis. Hier, le candidat démocrate renonçait à utiliser les fonds publics s’élevant à plus de 85 millions de dollars pour financer sa campagne électorale. Il préfère avoir recours aux dons privés. Ce revirement de décision d’Obama est grandement critiqué dans les milieux politiques et c’est un changement de cap qui irrite au plus haut point le candidat Républicain. En rejetant ces montants d'argent, les démocrates éliminent du coup la limite de 85 millions de dollars. De cette façon, ils peuvent accumuler des fonds bien au-delà de ce montant et les dépenser comme bon leur semble. Et c’est ce qui ne fait pas l’affaire de John McCain.

Barack Obama a réussi à amasser une somme phénoménale de plus de 265 millions de dollars pendant la saison des primaires, presque que trois fois plus que McCain. L’organisation du Sénateur de l’Illinois a innové et, grâce à Internet, a recueilli une multitude de petits dons provenant d’environ un million et demie d’Américains. La moyenne des contributions envoyées à la campagne d’Obama était de moins de cent dollars par individu. Une révolution dans le monde du financement électoral que les démocrates souhaitent répéter pendant la campagne présidentielle. Déjà, les dons se multiplient à un rythme effarant. Cette réalité n’est pas celle des Républicains dont la caisse ne se remplit pas rapidement. Le manque de fonds risquent de devenir un vrai casse-tête pour le parti d'ici novembre.

Mais le problème est plus profond pour John McCain et les Républicains. L'intérêt et la participation financière d'un grand nombre d'Américains dans la campagne d’Obama, est un signe avant coureur de la volonté populaire. C’est ce constat qui devrait véritablement les préoccuper.

Catherine Cano - Canovision

5 comments:

DagO said...

Effectivement, je suis d’avis, comme notre cher DG (dans so commentaire sur le blogue de l'actualité), qu’il ne faudrait pas vendre la peau de l’ours McCain avant de l’avoir tué.

Le système de financement d’Obama est inédit dans son efficacité, c’est vrai et ça mérite un bonne main d’applaudissements. Par contre, il y a quelques petites choses à prendre à compte avant de déclarer McCain fini:

1- On ne peut pas vraiment comparer les fonds amassés par McCain et Obama durant les primaires. Celle des républicains n’était qu’un couronnement, tandis que du côté démocrate, on a assisté à un lutte hyper-polarisante et d’une rare intensité - qui évidemment, est beaucoup plus à même de mobiliser les donateurs.

- Aussi, comparer les totaux des organisations passe outre le fait que, malgré qu’Obama ait amassé énormément de bidous, il les a brûlé extrèmement rapidement aussi. Une organisation comptant sept fois plus de gens que celle de son adversaire, ça peut te faire un trou dans ton budget en moins de deux! Mai fini, les candidats sont pratiquement au même coude à coude question argent…

- Et comme le dit DG, on peut pas dire que l’organisation de McCain a chômé durant le dernier mois: 21 millions d’amassés en Mai, avec un butin de guerre de 31 millions au sortir des primaires. Obama de son côté en a récolté 22, mais on notera qu’il ne devançait le candidat républicain que d’environ 15 millions côté trésor de guerre. Est-ce que l’organisation de McCain prend du momentum, est-ce que celle d’Obama s’essoufle, les deux théories sont plausibles à l’heure actuelle. Ce qui est certain, c’est que ce ne sont pas des chiffres qui annoncent un raz-de-marée à mon avis, du moins, je ne m’y risquerait pas encore…

- C’est vrai que la moyenne des dons pour la campagne d’Obama tourne autour des 100$ et que son usage d’Internet comme outil de financement reste sans précédent. Faut pas oublier par contre que la moitié de ses donateurs ont donné plus que 200$ et que malgré les allégations du candidat et d’une bonne partie des médias, son système de financement est loin de passer outre l’influence des grands donateurs et des intérêts particuliers. Près de 20% de ses fonds proviennent de ces “bundlers” qu’on a vu apparaître avec l’arrivée de Bush et de Rove:
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/04/10/AR2008041004045.html
Reste à savoir quel genre de relation il aura avec eux, mais considérant que ces gros donateurs ont un input quasi-direct sur les principaux conseillers de la campagne, ça soulève quand même quelques doutes…

En passant, merci beaucoup Catherine, toujours un plaisir de te lire :)
O.

catherine Cano said...

Ce sont là de très bons points. Je me permettrai des petites clarifications. D'abord, je n'ai pas dit que McCain était "fini", mais qu'il devait se préoccuper du nombre d'Américains qui ont donné aux Démocrates (incluant Hillary Clinton). Les chiffres sont impressionnants.

D'ailleurs, ceux de mai indiquent qu'Obama a amassé 22 millions de dollars contre 16.6 pour McCain (et non 21 millions de dollars). Cela dit, si le montant pour Obama n'est pas aussi spectaculaire, c'est en grande partie parce que les Démocrates aussi n'avaient plus besoin de dépenser autant pour la course. Dès le 6 mai, il était clair que Clinton ne pouvait emporter la nomination et qu'Obama était le gagnant.

Bref, autant chez les Démocrates et les RÉpublicains, on attendait le début de la vraie campagne électorale.

On en parle moins, mais McCain continue de faire face à de la résistance dans le parti et auprès des Républicains. Encore en fin de semaine, les Républcains du Montana ont passé à deux cheveux de choisir des délégués pour le candidat Ron Paul et non John McCain. La lutte a été chaude jusqu'à la fin de la journée.

Et puis, les groupes indépendants responsables des pires publicités négatives contre les Démocrates,(les groupes appelés "527") sont présentement incapables de ramasser des sous pour produire une telle campagne de pub contre Obama. Il est encore tôt, mais ce problème là n'existait pas en 2004.

Autre aspect demeure inquiétant pour les Républicains: du $16.6 millions reçus en mai, ils se sont sentis obligés d'en dépenser presque $12 millions, et ce même si la course n'était pas officiellement commencée.

Bref, il reste encore 4 mois avant l'élection et les choses peuvent toujours changées. Mais pour le moment, le vent est avec Obama.

Catherine

Mélissa said...

Vraiment désolant!

Il est particulièrement inquiétant de voir la complaisance des journalistes québécois envers le candidat Démocrate. Décidément, on met rapidement de côté sa rigueur journalistique à la moindre parole du sénateur.

Honnêtement j'aimerais lire sur cette tribune un article plus critique du programme de Barack Obama comme vous le faites si bien pour John Mccain et les républicains.

Quelques pistes peut-être.

1. Depuis le début de sa campagne, Barack Obama parle constamment de la nécessité pour les États-Unis de négocier avec ses ennemies. Pourtant, dans un discours prononcé hier, Obama a dit qu'il était hors de question de transiger avec le Hamas et le Hezbollah parce que ces deux entités ont recours au terrorisme et refusent de reconnaître Israël.Il faudrait qu'Obama s'explique sur son manque de cohérence: en quoi il serait légitime de négocier avec certains ennemis et pas avec d'autres ? Pourquoi Obama trouve-t-il acceptable de discuter avec Téhéran tout en rejetant le dialogue avec le Hezbollah ou le Hamas ? L'Iran, tout comme le Hamas et le Hezbollah, rêve de voir Israël rayé de la carte. Qui plus est, l'action terroriste du Hezbollah n'est qu'un prolongement de la politique iranienne. En toute logique, les arguments avancés pour refuser les négociations avec ces deux organisations terroristes devraient aussi justifier un refus de négociation avec l'Iran.

2. Pendant la course démocrate pour Obama il fallait absolument rouvrir l'accord de libre échange nord américain car apparemment néfaste et malsain pour les travailleurs américains. voir http://thepage.time.com/obama-camp-memo-from-supporting-union-leaders/ Maintenant l'accord de libre échange est un bonne chance. La nuance est de mise dans son discours.

3. Même l'Europe s'inquiète des tendances protectionnistes du candidat démocrate. "It is irresponsible to be pretending to people you can erect new protection, new tariff barriers around your economy in this 21st century global age and still succeed in sustaining peoples’ living standards and jobs. It is a mirage and they know it." voir : http://www.ft.com/cms/s/4c70f7ba-1c63-11dd-8bfc-000077b07658,Authorised=false.html?_i_location=http%3A%2F%2Fwww.ft.com%2Fcms%2Fs%2F0%2F4c70f7ba-1c63-11dd-8bfc-000077b07658.html%3Fnclick_check%3D1&_i_referer=http%3A%2F%2Fhotair.com%2Farchives%2F2008%2F05%2F08%2Feven-europe-gets-nervous-over-obama-hillary%2F&nclick_check=1

4. Obama souhaite augmenter encore davantage les subventions a l'industrie de l'Éthanol alors que connaissons tous les lacunes de cette industrie pour l'environnement et les terres cultivables.

Évidemment, ce genre de nuance ne sera jamais mentionné sur ce blog PRO-OBAMA.

Dago said...

@catherine: Wow, merci beaucoup pour la réponse je suis flatté!

- Premièrement, pour ce qui est des chiffres, je suis pas (encore:P) expert en comptabilité électorale, mais le center for responsive politics, organisme non-partisan qui analyse les rapports financiers des deux campagnes, avance les chiffres suivants pour mai:
Obama: $21,889,522
McCain: $21,393,773
http://www.opensecrets.org/pres08/index.php

- Très d'accord avec toi, le GOP semble avoir beaucoup de problèmes à se rallier à son "maverick" préféré. Les évangéliques sont pas aussi enthousiastes qu'ils l'étaient avec Bush et comme tu le dit, c'est peut-être une raison pourquoi les groupes para-électoraux sont encore pas mal léthargiques. J'pense que Rove pourrait lui donner beaucoup de bons trucs pour mousser sa candidature - Il y perdrait juste son âme, mais bon, desfois il faut ce qu'il faut pour gagner :P

- Intéressant ce qui s'est passé au Montana, c'était passé totalement sous mon radar - l'armure de McCain montre des failles on dirait...

Aussi, c'était pas mon objectif de caricaturer ton propos. Désolé si ça avait l'air de ça :)

Moi aussi je trouve qu'Obama sort des primaires avec pas mal de momentum mais qu'il risque de le perdre assez vite s'il ne fait pas attention.

@mélissa:
Bien d'accord avec toi sur le traitement d'Obama par une bonne partie des médias. Ça semble se tasser au Canada depuis un certain temps, mais faudrait pas que l'enthousiasme, légitime à mon avis, que suscite une candidature à contre-courant comme celle d'Obama empêche l'électorat d'être bien informé par rapport à ses orientations. Et selon toute vraisemblance, à ce que je vois à l'heure actuelle, y'a plusieurs points qui mériteraient un examen plus approfondi (ça veut dire quoi investir massivement dans l'industrie de l'éthanol? Est-ce qu'on parle de développer la fillière cellulosique ou bien de maintenir un statut-quo avec lequel personne mis à part les agriculteurs est d'accord?).

D'un autre côté, Obama a déclaré qu'il serait prêt à ouvrir les canaux diplomatiques avec l'Iran. C'est déjà toute une salade à vendre aux américains et ça prend des couilles en béton quand on pense à quel point ça donne des munitions à ses adversaires.

Négocier avec le Hamas et le Hezbollah par contre c'est un pas beaucoup plus grand. Le faire reviendrait à l'heure actuelle à un suicide politique. Les évangéliques tout comme les juifs (au minimum) voteraient massivement contre lui, il perdrait la Floride à coup sûr et il serait, comme on dit en bon québécois, capout!

Aussi, d'un autre côté, c'est très possible de parler avec ces acteurs là sans entrer formellement en négociations avec eux. Soit en parlant de manière informelle, en prenant un autre pays comme intermédiaire, ou bien dans le cas du Hezbollah, en parlant directement avec ceux qui tiennent les cordons de la bourse, l'Iran. Obama est assez intelligent pour connaître ces nuances là.

Être américain, je voterait personnellement Obama mais je trouve qu'il tient de plus en plus un double-discours. À ses militants il se présente comme le champion de la gauche, et à l'électorat en général, il tente de plus en plus de s'en dissocier. Est-ce que c'est juste pour le show qu'il fait ça (comme disons, McCain et son nouveau côté vert...) ou est-ce qu'effectivement les "liberals" qui vont voter Obama vont se réveiller avec une gueule de bois le lendemain de l'élection?

J'ai bien hâte de voir...
O.

Mélissa said...

Merci Dago votre réplique est précisément ce que j'aimerais lire ou entendre dans les médias Québécois. La vérité on ne critique que tres rarement les politiques du candidat démocrate et j'aimerais une couverture médiatique un peu plus objective.

Dernièrement j'ai entendu un professeur spécialiste de la politique américaine dire au haut et fort sur le plateau d'une émission de télévision qu'il était en faveur d'Obama. Bye bye la rigueur journalistique, bonjour le favoritisme.

Les journalistes doivent présenter les faits non écrire des articles pour mousser la candidature d'un candidat en particulier.

Personnellement je suis inquiète de la façon dont Obama souhaite manœuvrer en politique étrangère. Je trouve que sa position souffre d'angélisme et pourrait être dangereuse a long terme. Faire copain copain avec des régimes dictatoriaux me laisse de glace.