Monday, March 3, 2008

À la découverte du Texas

Le Texas, pays de Georges W. Bush, terre des cowboys et
des grandes pétrolières, est souvent synonyme d’arrogance,
de riches parvenus et d’extrême droite. Je suis arrivée
en sol texan avec toute une série de préjugés et en moins
de 24 heures, je suis complètement tombée sous les charmes
de cet état qui fut à une époque une république
indépendante.

Mon voyage débute à San Antonio, une ville de plus d’un
million d’habitants composée d’hispaniques à presque 60%.
Ici, tout est bilingue: des enseignes de l’aéroport à
celles sur des autoroutes, des guichets automatiques dans
les banques, aux produits en épicerie, au mot de bienvenue
dans un petit restaurent local. La frontière mexicaine
est à peine à deux heures et demie de route et personne ne
semble se formaliser de la présence croissante de cette
autre culture.

Le Texas est une métaphore de la présente élection au pays;
un état tiraillé entre le passé et l’avenir. Sur ma route,
entre San Antonio et la capitale Austin, je m’arrête à un
petit endroit nommé Luckenbach–Texas; oui, celui-là même
que Willie Neilson a tant chanté. Cette agglomération de
trois habitants, (vous avez bien lu) est le lieu de
rencontre des cowboys poètes, de chansonniers « country »
et de la danse western. De la prose musicale de Tom,
pleurant à grands coups la disparition des valeurs
familiales au conte de David en hommage à Dieu, on discute
politique avec nostalgie. « Bush a débâti le pays »,
de dire Bob, un propriétaire de rodéo âgé de 60 ans qui a
pourtant voté pour W. Bush en 2000. « Mais aucun des
candidats n’a la capacité de le remettre sur les bons
rails, même pas John McCain. Il est aussi libéral que les
autres.» Pour la première fois, ces artistes désireux de
maintenir les traditions, songent à ne pas voter. David,
bière à la main, tourne la tête d’un air découragé et
ajoute : « Nous avons été exclus du processus pendant sept
ans. Je suis inquiet de constater la grande frustration
des gens prêts à accorder aveuglément leur vote à Obama
sans comprendre vraiment ce qu’il propose.» Tom a un fils
en Iraq. « Je veux que mon gars revienne à tout prix à la
maison, mais ce serait irresponsable de retirer nos
troupes rapidement. Il est trop tard, nous sommes coincés
et on doit finir le boulot. Clinton et Obama ont tort de
penser que le retrait complet des militaires est réaliste.»

Mais un peu plus loin et tout autour de Luckenbach, se
trouve ce qui est maintenant reconnu comme la deuxième
« Napa Valley » du pays. Trente-trois jeunes vignobles
se font compétition et les vins ne sont pas à dédaigner.
Près de la table de dégustation, Amanda entame la
discussion se disant convaincue que les Américains veulent
donner une leçon aux politiciens et voter pour un
grand changement. Son amie d’enfance Trish est
dessinatrice et mère de deux enfants qui ont complété
leurs doctorats. Selon elle, les jeunes veulent prendre
le contrôle de leur destinée et souhaitent que les
« babyboomer » leur laissent la place; une place qu'Obama
leur permet de prendre. Essoufflés par trois jours
intensifs de campagne pour le sénateur de l’Illinois,
Jerry et Sandy se joignent au groupe. Ancien directeur
des programmes au réseau de télévision HBO, Jerry a fait
du porte à porte depuis l’Iowa en passant par le
New Hampshire et la Caroline du Sud. « Le pays a besoin
d’espoir, ce n’est pas une frivolité. Bush représente une
telle déception, que nous voulons croire au changement,
à la possibilité de devenir à nouveau un leader
international et à une solution pour nous sortir de note
gouffre économique. Le message d’espoir est la raison pour
laquelle tant de citoyens se mobilisent. Plus jamais on
ne fera la même erreur » s’exclame Jerry.

Mais le Texas reste un territoire républicain et même
mécontents de l’héritage de W. Bush et du choix de son
successeur John McCain, plusieurs useront de stratégie
pour empêcher les Démocrates de l’emporter en novembre.
Les règles ici permettent aux citoyens de s’inscrire pour
un parti lors de la primaire mais elles leur permettent
aussi de se désaffilier et de changer de camp pour
l’élection générale. Scott est président général d’une
compagnie d’électricité, Tamara est sommelière et Debi
est propriétaire d’une petite boutique de savons. Tous
les trois sont Républicains et mardi, ils ont l’intention
de s’enregistrer comme Démocrates et de voter pour Barak
Obama. Devant mon étonnement ils m’expliquent que McCain
a de meilleures chances de gagner contre un candidat Noir :
« Je ne veux pas avoir l’air raciste, mais je souhaite
l’élection d’un homme blanc et je sais que je ne suis pas
la seule» de dire Debi qui m’offre en cadeau un savon à
la senteur de cabernet-sauvignon. Oui, oui, un savon !
Ils sont définitivement bien charmants les Texan mais
aussi encore bien à droite.

Catherine Cano - Canovision

7 comments:

Mélissa said...

Ils sont définitivement bien charmants les Texan mais
aussi encore bien à droite.

Donc si je comprend bien votre intervention Madame être de droite est un vilain défaut?

Tamara said...

Catherine:

It was a pleasure meeting you on your recent trip to the Texas Hill Country (aka the new Napa Valley). Come join us again anytime!

Tamara Wikel

catherine Cano said...

Bonsoir Mélissa,

Je suis contente que vous me posiez la question. Être de droite n'est pas un défaut. Mais il est vrai qu'il y a certaines valeurs que je ne partagent pas.
Merci de votre commentaire
Catherine

catherine Cano said...

Dear Tamara:

It was a pleasure meeting you and all your friends at the winery. The conversation was enlightening and the wine very good. Thank you and I will definitively return.
Catherine

Mélissa said...

Merci de votre réponse Madame Cano. Dans le fond je reproche â la presse Québécoise de faire preuve d'un peu trop de complaisance envers la gauche américaine dans la couverture de la présente campagne. On donne l'impression que seul le Parti démocrate est honorable et fréquentable.

catherine Cano said...

Mélissa:
C'est vrai que la presse porte beaucoup d'attention au parti démocrate. Mais c'est beaucoup lié au fait que la course perdure. Nous retrouverons un certain équilibre dans la couverture dès que les démocrates auront choisi entre Clinton et Obama. John McCain est un candidat de taille et je prévois que la campagne électorale sera encore plus passionnante dès que nous arriverons à l'affrontement final entre le candidat républicain et celui ou celle démocrate.

Mélissa said...

Je suis de votre avis cette campagne sera fort intéressante. Étant originaire de la ville de Austin au Texas, je demeure dans la province de Québec depuis bientôt 8 ans. Je ne cache pas mes sympathies pour le Parti républicain. Ma famille appartient â cette branche du parti plutôt hostile au socialisme rampant et au big Government.

Inutile de vous dire qu'il faudra bien des années pour reconstruire l'image du Parti républicain profondément entaché par les années de George W.Bush. Ce président a réussi a doublé voir même tripler la taille du gouvernement fédéral, tout en jouant au gendarme dans le monde au détriment de nos libertés a tous.

John Mccain est loin d'être mon candidat. Sa présence est source de division au sein du Parti. Il risque de mener une politique similaire à celle de Bush dans plusieurs domaines. Obama pourrait tres bien profiter de cette brèche.